“Tout le monde nous regarde, mais personne ne croit à notre modèle” Edwy Plenel, de passage à Lyon lundi, ne cache pas les difficultés rencontrées dans le lancement de Mediapart, son nouveau site internet. Car Mediapart repose sur un concept à contre-courant : le payant, modèle que les autres médias abandonnent progressivement au profit de la gratuité, se livrant ainsi une course à l'audience et à la publicité. Modèle qui pour Plenel a le tort d'impliquer un contenu hyper réactif et foisonnant, quitte à faire du journalisme un métier "assis" de pisse-copies.
Mediapart fait donc le pari que les lecteurs sont prêts à payer pour “une information de qualité”, fruit du travail d'une rédaction de 25 personnes. En l'occurrence 9 euros par mois, “nettement moins que l'abonnement à un quotidien, pour un site qui offrira plusieurs éditions quotidiennes”. Pour l'instant, le site compterait 2500 abonnés. Il faut en trouver “65 000 d'ici trois ans” pour assurer l'équilibre, “sans dépendance publicitaire”.
Avec Edwy Plenel à sa tête, Mediapart donnera naturellement la part belle à l'investigation et aux fondamentaux du journalisme : “Notre premier devoir c'est la vérité, notre première obligation est envers les citoyens, notre première discipline c'est la vérification”. Une conception que Plenel oppose “au journalisme de gouvernement”, qui domine actuellement et s'enferme dans un tête à tête avec le pouvoir, au détriment de ses obligations envers les lecteurs. “Dans une société de communication, il faut aller chercher les informations qui ne sont pas données. (…) On est dans un monde sur-informé et en même temps opaque, dans lequel des mensonges peuvent fonctionner” estime-t-il.
L'originalité de Mediapart résidera aussi dans sa sélection de ce qui existe sur le net : “Il faut aller chercher sur la crise du Kenya le meilleur blog de l'universitaire le plus pertinent, qui est peut-être en 35 pages de Google. (…) L'ambition est de devenir le site de référence de celui qui n'a pas le temps de visiter quinze sites tous les jours”.
Enfin, comme tous les médias qui se lancent sur internet, le site de l'ancien directeur de la rédaction du Monde entend “réinventer la relation entre les lecteurs et les journalistes”, en proposant un volet “participatif”. L'originalité de Mediapart dans le domaine tient à un pari de la qualité, grâce à l'auto-régulation de participants qui ne seront pas anonymes. “Quand on est dans un univers de qualité, il y a une forme d'auto-censure” ajoute Plenel, qui prend pour exemple le site coréen ohmynews, que “le monde entier cherche à copier”, sans trouver l'alchimie. Souhaitons à Plenel de trouver la sienne : si son projet doit encore convaincre sur le plan économique, il a évidemment un sens sur le plan éditorial et démocratique.

Source : LyonCapitale.fr